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Ihsahn prend le large

Après avoir revisité ses racines géographiques et musicales avec l’EP Telemark (du nom de sa région natale en Norvège), est venu le moment pour Ihsahn de voguer vers des horizons moins familiers et plus périlleux, non sans avoir toujours là, quelque part, cette petite lumière qui le guide à travers les flots d’incertitudes. D’où le nom du nouvel EP Pharos, sorte de négatif de Telemark qui complète la vision d’un artiste inclassable.

Si Pharos était présenté comme expérimental, c’est finalement sa facette pop, en bonne partie, qu’il dévoile – après tout, les deux ne sont pas nécessairement antinomiques. D’où, dans l’entretien qui suit, quelques échanges sur la notion de « pop ». Surtout Ihsahn, qui prépare déjà la suite avec un album qu’il qualifie de « très ambitieux », évoque son approche et sa vision de la création artistique – l’acte créateur étant, pour lui, plus important que le résultat, contrairement aux auditeurs – et ce qui le guide et le stimule dans ce processus. Pharos, c’est aussi des réflexions plus générales qu’il partage avec nous, notamment sur les notions de choix et de superficialité.

« J’avais probablement des posters d’A-Ha dans ma chambre avant d’avoir des posters de Twisted Sister et de Kiss. […] Je sais qu’il y a même une référence à A-Ha sur le second album d’Emperor, mais je ne vous dirais pas où, vous devrez écouter par vous-mêmes [rires]. »

Radio Metal : D’après toi, « Pharos est musicalement et conceptuellement une sorte d’image inversée de Telemark ». A quel point le fait de concevoir Pharos a fait appel à une partie de ton cerveau qui est complètement différente de celle utilisée pour créer Telemark ?

Ihsahn (chant & guitare) : Au final, tout ça c’est de la musique, n’est-ce pas ? Mais bien sûr, Telemark était très facile pour moi à écrire et jouer. Je suis resté fidèle à tous les éléments habituels et tout ce avec quoi je suis à l’aise : les guitares électriques et le chant crié. C’était un peu traditionnel, en ce sens. Je me suis limité à des formats bien connus. Musicalement et culturellement, Telemark était tout ce que je connais très bien. Afin de faire l’opposé, comme un défi, j’ai dû m’exposer et faire tout ce dont je ne suis pas familier, comme le suggèrent le titre et l’illustration de l’album. Cet album parle de voyage, même les reprises « Roads » et « Manhattan Skyline » suggèrent quelque chose de très éloigné de Telemark.

Je sais à quel point ton attitude envers la musique est de ne pas te limiter. Est-ce que ça a été difficile pour toi de travailler dans le cadre restreint d’une certaine expression comme tu l’as fait sur ces deux EP ? Est-ce difficile pour toi de canaliser ta créativité ?

C’est tout l’inverse et c’est devenu une routine pour moi depuis que j’ai commencé ma carrière solo. Quand tu es dans un groupe, avec des personnes et musiciens bien définis, tu es plus ou moins limité aux goûts musicaux que vous avez en commun, mais aussi en termes d’instrumentation et de qui fait quoi, et ainsi de suite. Ça te permet de te focaliser sur le plan créatif, il y a des frontières naturelles au sein d’un groupe. Avec la technologie actuelle disponible en studio, c’est sans limites, et tu peux te retrouver avec quelque chose qui part dans tous les sens. Même si ça peut ne pas être aussi évident une fois que les albums sont terminés, j’ai généralement des idées conceptuelles relativement précises, à la fois sur le plan sonore et pour les textes et visuels de tous mes albums, avant que je ne commence à écrire la première note. Je crée toujours ces cadres plus ou moins limités pour mes projets, parce que ça canalise ma créativité dans une direction. C’est ce que j’espère, car j’ai grandi avec les albums d’Iron Maiden, Judas Priest et King Diamond où les chansons étaient connectées ; on n’avait pas l’impression d’un recueil de chansons individuelles mais bien qu’elles faisaient toutes partie d’une même œuvre, que le tout était plus grand que la somme des parties. C’est l’impression que j’ai envie que mes albums donnent également. Pour ce faire, je pense qu’il faut avoir une vision principale durant le processus et avec un peu de chance, ça liera l’ensemble. Il y aura des idées musicales qui apparaîtront en cours de route, mais quand on commence à travailler au sein d’un cadre, c’est assez facile de s’en tenir au croquis et de voir si ces idées musicales ont leur place là-dedans, ou s’il faut les mettre de côté pour autre chose plus tard.

Est-ce qu’une idée musicale ou direction différente implique un processus créatif différent ?

Oui ! Pour l’EP Telemark – pour lequel je savais que je jouerais tout avec un son rock, que j’aurais des guitares typiquement metal et que je ferais du chant crié – le décor était planté. C’était très facile d’écrire pour cet ensemble parce que je savais exactement comment c’était supposé sonner. Alors que pour un EP comme Pharos, j’ai fait tout le contraire, j’ai composé sur un clavier et aussi beaucoup avec une guitare acoustique. Tout d’un coup, je me suis retrouvé à me concentrer davantage sur de la composition traditionnelle, à écrire une partie de guitare acoustique et une ligne de chant, et à l’arranger après coup. C’est une manière très différente d’aborder la composition et de donner corps à la musique.

Il y a un côté très pop dans Pharos avec la chanson « Spectre At The Feast » et la reprise d’A-Ha. Ce n’est pas complètement nouveau pour toi, comme le prouve une chanson telle que « Pulse » sur Das Seelenbrechen. Quand ton intérêt pour la pop t’est-il venu et quelle a été ta relation à la pop ?

J’avais probablement des posters d’A-Ha dans ma chambre avant d’avoir des posters de Twisted Sister et de Kiss. C’étaient des pionniers, c’était le premier groupe de musique international en Norvège à marquer la pop culture. Ils étaient énormes en Norvège, je pense que tout le monde les connaissait. La qualité de leur composition tient toujours la route, encore aujourd’hui. Durant mon adolescence, très typiquement, je me suis là encore limité à une certaine expression, j’ai bâti mon individualité en ignorant tout le reste. Mais rien que si tu écoutes les deux derniers albums d’Emperor, il est assez évident que nous n’étions pas étrangers à d’autres formes de musique – les BO de film et la musique orchestrale en particulier étaient une grosse influence. Je sais qu’il y a même une référence à A-Ha sur le second album d’Emperor, mais je ne vous dirais pas où, vous devrez écouter par vous-mêmes [rires].

« Mon album préféré de Kanye West est Yeezus, c’est un album de hip-hop mais il n’y a presque pas de beat dedans. S’il n’était pas célèbre, on rangerait ça dans la catégorie des expérimentations dingues, car il n’y a rien de commercial dans les sons et les expressions de cet album. »

D’un autre côté, on ne peut plus vraiment dire que le metal soit un genre musical underground. Il est devenu de plus en plus populaire ; il suffit de regarder l’énorme envergure qu’ont prise des festivals comme le Hellfest. Le metal n’est-il pas en train de devenir une autre forme de musique pop ?

La définition de la pop c’est, évidemment, que c’est très populaire. Chaque nouveau style musical a commencé dans l’underground. Ça ne commence pas d’emblée avec tout le monde qui fait la même chose en même temps. Quand les gens pensent à la pop comme à quelque chose d’insipide et ennuyeux, c’est parce qu’ils se retrouvent à écouter les trucs qui copient la pop originale. Quand quelque chose finit par devenir populaire, tu as des maisons de disques et des entités commerciales qui font d’autres trucs similaires qui n’ont ni âme ni intégrité. Si on compare ça à d’autres artistes très commerciaux qui ont beaucoup de succès, quelqu’un comme Kanye West par exemple, c’est probablement l’une des références les plus célèbres de la pop culture dans le monde actuellement, mais si tu écoutes certains de ses albums, ils ne sont pas commerciaux. Mon album préféré de Kanye West est Yeezus, c’est un album de hip-hop mais il n’y a presque pas de beat dedans. S’il n’était pas célèbre, on rangerait ça dans la catégorie des expérimentations dingues, car il n’y a rien de commercial dans les sons et les expressions de cet album. Si tu prends un autre énorme tube, comme « Drop It Like It’s Hot » de Snoop Dog et Pharrell Williams, le beat est tout juste réalisé avec des sortes de bruits de bouche, il y a quelque chose de très expérimental et audacieux là-derrière. Mais ensuite, tu as aussi d’autres formes de R’n’B et de hip-hop qui sont des versions insipides de ça.

Pour ce qui est du metal, ce style avait à l’origine de telles qualités musicales que de plus en plus de monde l’a découvert, et ça vaut en particulier pour le vieux metal des années 80. J’étais enfant quand j’ai vu Iron Maiden pour la première fois et il y a quelques années, j’ai emmené mon fils voir Iron Maiden. J’ai eu plusieurs élèves de guitare qui n’étaient pas nés à l’époque mais qui ont quand même gravité autour de Judas Priest et d’Iron Maiden, car c’est un peu les références pour ce qu’ils ont envie de faire. On voit sur ces festivals également que certaines des plus grosses têtes d’affiche sont ces groupes initialement underground qui ont fini par devenir gros. Je ne vois pas vraiment de conflit d’intérêts là-dedans [rires].

Les deux reprises présentes sur Telemark avaient une raison d’être précise au sein de l’idée artistique de cet EP, comme on en a discuté la dernière fois. Du coup, quelle est la raison d’être des reprises de Portishead et A-Ha sur celui-ci ?

C’est dur de comparer A-Ha et Portishead parce qu’ils sont très différents, mais pour moi, les deux remplissent les critères des deux extrémités du son pop, ils se complètent. Le savoir-faire de la composition de « Manhattan Skyline » est immense et la manière dont l’ensemble est construit est très intelligente. On ne voit plus ce genre de changements de métrique et de plage de dynamique dans les chansons pop. Il y a tout dedans : une partie mélodique calme, puis on passe en territoire rock avec des power-chords et ensuite un énorme refrain du genre à chanter au sommet d’une montagne. La chanson d’A-Ha contient tout ça, tout ce qu’on associe à de la grande musique pop. A contrario, « Roads » de Portishead n’a qu’une courte progression d’accords et une boucle rythmique qui tourne tout du long. L’attrait de la chanson – et c’est quelque chose que je trouve vraiment fascinant chez Portishead – est que c’est extrêmement minimaliste et joué très doucement. C’est l’inverse du sommet d’une montagne [rires]. Malgré tout, tous les sons, textures, guitares et chants sont au bord de la cassure et de la distorsion, de manière très fragile. Il y a énormément de tension dans cette expression, ça me fascine et j’ai voulu l’explorer. Quand j’ai fait ma version, je l’ai transposée dans une tonalité où ma voix entrerait dans le même genre de registre cassant que Beth Gibbons. C’était fait exprès. Je n’ai jamais rien fait de tel. Toute l’idée de cet EP était de me mettre au défi de faire des trucs que je n’avais pas faits avant.

A propos de chant, pourquoi avoir choisi de ne pas chanter la reprise d’A-Ha et l’avoir donnée à Einar Solberg à la place ?

J’étais incapable de chanter cette chanson, je ne suis pas suffisamment bon. Elle est beaucoup plus dure à chanter que la chanson de Portishead, c’est sans commune mesure. La seule personne que je connaissais et qui était capable de la faire correctement était Einar. Heureusement pour moi, il est facilement accessible [rires].

Tu as utilisé l’idée du phare pour représenter l’album. Derrière le phare, il y a l’idée de partir en mer explorer, mais le phare est là pour te guider et éviter que tu te perdes ou sombre en percutant un obstacle. Quel a été ton phare, métaphoriquement parlant, dans ta vie artistique, celui qui a toujours été ton guide, que tu sois en terrain familier ou plus expérimental et explorateur avec ta composition ?

C’est une question intéressante. Mon phare a toujours été l’objectif très abstrait de créer la sensation musicale parfaite, ces millisecondes pendant lesquelles on se perd dans un morceau de musique ; que cela se produise dans ma propre création et que je tombe sur un genre de formule magique sans savoir comment j’en suis arrivé là, ou bien dans mon morceau de musique préféré que j’écoute dans une situation parfaite. Cet instant de magie peut durer à peine quelques secondes. Avec ça, le but est aussi de maintenir la même excitation et le même enthousiasme pour la création musicale. C’est aussi pourquoi je fais des choses comme ces deux EP séparés, ou des choses expérimentales. J’essaye constamment de me mettre dans des positions difficiles pour mon propre intérêt. Certaines personnes supposent que c’est parce que je veux provoquer mes auditeurs, alors que ce n’est qu’une manière narcissique et égoïste d’entretenir mon excitation, sachant ce que je sais et ayant la boîte à outils que j’ai acquise jusqu’à présent. Il faut s’aventurer en terrain glissant, c’est-à-dire constamment essayer d’aller plus loin, acquérir de nouvelles expériences au fil du temps et peut-être découvrir de la nouvelle musique qu’on n’avait jamais eu l’intention de découvrir.

« Mon phare a toujours été l’objectif très abstrait de créer la sensation musicale parfaite, ces millisecondes pendant lesquelles on se perd dans un morceau de musique. »

La dernière fois, on avait parlé de ta relation privilégiée à la nature. Là, comme je l’ai dit, l’idée du phare renvoie forcément à celle de la mer, comme sur l’illustration : qu’est-ce que la mer représente pour toi ? Quelle est ta relation à la mer ?

Pour moi, ça représente le voyage, quelque chose de très étranger et potentiellement dangereux, ça symbolise les difficultés et quelque chose d’inconnu. J’ai grandi à la campagne dans l’arrière-pays, je n’ai pas de relation privilégiée avec la mer. Pour moi, c’est quelque chose de lointain, d’inhabituel et de très fascinant ; il y a presque quelque chose de musical avec la mer. Le phare est le centre stable au milieu de cette masse déformable et imprévisible. Tu as mentionné l’idée du phare qui te conduis chez toi en toute sécurité, mais il y a une ambiguïté là-derrière. Le phare d’Alexandrie, qui était l’une des merveilles du monde, ne ramenait pas seulement les gens en sécurité chez eux, il avait aussi une fonction militaire et stratégique. On peut contrôler qui on invite sur ses rivages ou pas, ce qui apporte un autre élément au symbolisme. Le phare peut également être perçu comme un idéal, cette capacité qu’on a de devenir un phare pour quelqu’un d’autre, pour la prochaine génération ou n’importe quelle personne dont on est proche. Il y a différents aspects et différentes perspectives dans le symbole du phare, c’est intéressant de jouer autour de ces derniers.

La chanson « Losing Altitude » est « une chanson sur les choix. Ce à quoi ça vaut la peine de s’accrocher et ce qui représente un poids. » Quels ont été les choix les plus importants que tu aies faits dans ta vie ?

J’ai commencé en jouant de la musique que tout le monde détestait. Je n’en étais pas conscient à l’époque, mais j’étais toujours dans une position où l’évaluation de mon travail – la composition musicale et de chansons et leur enregistrement – était toujours très personnelle. A quel point j’ai réussi à me rapprocher de la chanson ou de l’album que je voulais ? Je ne pouvais me reposer sur aucun facteur extérieur parce qu’il n’y en avait aucun. Je pense que ça a été très positif durant ma carrière. J’ai aussi reçu beaucoup d’éloges et de jolis compliments, mais malheureusement, je ne le prends pas à cœur parce que je n’ai jamais été en phase avec un public de cette façon. C’est très sympa d’avoir des compliments mais si je ne suis pas satisfait du produit, ça ne lui donne pas plus de valeur à mes yeux si plein de gens disent qu’ils sont satisfaits. A l’inverse, si je suis super content d’une œuvre musicale, ça n’a pas d’importance pour moi si mille personnes disent que c’est de la merde. Ça peut paraître narcissique, mais je maîtrise ma propre relation à ma musique. Sur le plan personnel, je trouve que ce à quoi on dit « non » est tout aussi important que ce à quoi on dit « oui » dans la vie. J’ai connu plein d’opportunités dans ma vie pour pouvoir dire « non » à des opportunités commerciales et autres qui ne me tiennent pas à cœur. Ça peut paraître lucratif, mais je n’ai pas commencé à faire ça pour faire de la télé-réalité – ce n’est qu’un exemple stupide. J’ai fait des choix qui me permettent de continuer à faire ce que je fais et ce que j’aime faire musicalement, mais le plus important pour moi est d’être près de ma famille, et de pouvoir avoir à la fois ma famille et la musique dans ma vie. C’est le choix le plus important. Je pense que c’est assez évident à l’écoute d’Arktis et de Telemark que mon phare le plus fort est celui qui me ramène chez moi auprès de ma famille.

L’un des choix les plus importants que tu aies faits aux yeux des fans est probablement celui d’avoir arrêté de créer sous la bannière d’Emperor : as-tu parfois l’impression que le nom d’Emperor fait partie de ce qui a été un « poids » pour toi ?

Pas du tout. Au début de ma carrière solo, je n’ai pas voulu prendre mes distances avec Emperor, mais j’avais le sentiment qu’il fallait que je communique sur le fait que maintenant je ferais mon truc solo. On vient de parler des aspects commerciaux et il y a quelque chose dans le logo d’Emperor en lequel les gens croient. Sur le plan personnel, j’ai poursuivi mon aventure musicale après Emperor et je trouve que mon travail et mon talent en tant que compositeur et musicien se sont améliorés. Du point de vue qualité, ma musique post-Emperor a été une exploration et une aventure continuelles – pour le meilleur. En tant que fan de musique, j’ai mes groupes préférés, et il se peut qu’eux aussi soient ensuite partis faire des projets solos. Ça n’a pas du tout été un poids pour moi. Ma façon de voir les choses aujourd’hui est que je suis extrêmement chanceux car, en venant de Norvège et en jouant de la musique extrême, j’ai encore l’opportunité d’en faire ma vie et mon gagne-pain. Je peux passer tout mon temps à faire ce que j’adore faire. Même quand j’ai quitté Emperor, à cause de la tournure que les choses ont prise avec le groupe, j’ai eu une seconde chance et j’ai fait une carrière solo pendant beaucoup plus longtemps que nous avons été actifs avec Emperor. J’ai eu deux fois la chance de pouvoir travailler avec ma musique. Maintenant je peux faire toute ma musique sans compromis, sans membre du groupe essayant de s’immiscer ou de me retirer quelque chose dans mon aventure narcissique [rires]. Je peux encore faire des concerts, faire ma musique solo avec différents musiciens, et revisiter mon vieux groupe et faire ces gros concerts de rock. C’est même difficile de comprendre que j’ai pu être aussi chanceux ! [Rires]

Tu as décrit « Spectres At The Feast » comme étant « un regard sur les aspects plus ou moins superficiels de la société et tous ses problèmes et fragilités fictionnels ». Te sens-tu décalé avec la société ou bien as-tu également tes propres côtés superficiels ?

Bien sûr que j’en ai ! On est tous sujets à être superficiels. C’est une manière naturelle de survivre, ça fait partie de la condition d’être humain, surtout à notre époque où il faut quasiment avoir un point de vue sur le monde entier, globalement, alors qu’il y a quelques centaines d’années, notre point de vue se limitait à notre tribu immédiate. Le monde est complexe et c’est impossible de comprendre ne serait-ce qu’une fraction de celui-ci. Le côté superficiel est quelque chose qu’on doit gérer et à la fois, je pense qu’il est nécessaire d’avoir au moins conscience des aspects existentiels en dessous de tout ça, car ils sont importants. Devant la tragédie, qu’on vit tous d’une manière ou d’une autre, ce qui est important et ce qui ne l’est pas devient assez évident. Ironiquement, cette chanson a été écrite et enregistrée bien avant la situation avec le coronavirus que l’on vit actuellement. C’est une surprise positive étant donné le point de vue de la chanson, qui en gros demande quelle sera la position des gens quand la réalité les frappera. A ma grande surprise, généralement, selon moi, les gens ont vraiment relevé le défi de cette pandémie ; j’ai été très étonné de voir l’énorme portion de la race humaine qui s’est battue, a porté des masques et est restée confinée par solidarité envers ses confrères et consœurs humains. On fait tous face à une tragédie globale et je pense que ça nous fait tous relativiser. Avec un peu de chance, on surmontera ça et on en tirera de précieux enseignements.

« J’essaye constamment de me mettre dans des positions difficiles pour mon propre intérêt. Certaines personnes supposent que c’est parce que je veux provoquer mes auditeurs, alors que ce n’est qu’une manière narcissique et égoïste d’entretenir mon excitation. »

La chanson « Spectre At The Feast » a un côté très cinématographique, un peu à la James Bond, ce qu’on retrouve aussi un peu dans « Pharos ». Et c’est drôle parce que la dernière fois, tu nous avais dit à quel point tu adorais les cuivres dans les musiques de James Bond. Es-tu fan de James Bond ?

J’aime les films de James Bond. Je ne suis pas sûr de les avoir tous vus mais je trouve que c’est un phénomène très amusant. Je ne suis pas un fervent fan mais je trouve cet aspect cinématographique, cet homme bien habillé et ce super-héros, ainsi que tout le côté secret très divertissants. J’aime aussi beaucoup l’esthétique et l’atmosphère de ces films.

Tu avais utilisé beaucoup les cuivres dans Telemark, que tu considères comme « la guitare saturée de l’orchestre ». Cette fois, avec Pharos, tu as principalement utilisé des cordes en tant qu’arrangements. Puisque Telemark et Pharos sont des EP opposés, peut-on dire que les cuivres et les cordes jouent un rôle opposé dans ta musique ?

Je ne dirais pas ça. Les sections de cordes sont très bien parce qu’elles percent à travers tout. On peut en mettre par-dessus des guitares saturées et toujours les entendre, et elles apporteront une autre couche d’intensité au-dessus du reste, tout en perçant à travers. Alors que les cuivres empiètent parfois plus sur l’énergie des basses fréquentes – surtout les sections de cuivres plus graves. Les deux jouent tout simplement un rôle différent dans l’arrangement, de la même manière que la grosse caisse et les toms jouent un rôle différent des cymbales et de la caisse claire dans un kit de batterie.

Dans le clip de « Spectre At The Feast », on peut voir une peinture être peinte. Est-ce que l’acte de création est aussi important et beau pour toi que le fruit de la création ?

Pour moi, c’est beaucoup plus important. Quand j’ai une date butoir, je dois me rappeler que ce n’est pas l’album fini qui est important, ce n’est pas la raison pour laquelle je fais ça, je le fais parce que quand je suis assis là à douter, à me demander si telle prise ou tel accord est meilleur, c’est mon amour pour la musique et pour cette humeur créative qui s’exprime. Evidemment, c’est très satisfaisant de livrer le résultat, mais au moment où un album sort, mon esprit est déjà focalisé sur la prochaine étape de mon aventure. Je trouve ça très intéressant de voir comment Costin [Chioreanu] a créé ces images pour cette vidéo, avec des images en temps réel accélérées. La manière dont c’est fait est magnifique à voir. C’est aussi quelque chose qui lie les deux EP. Pour le premier EP, nous avons travaillé avec David Thiérréé, qui a fait des dessins de chaque chanson originale de l’EP Telemark, il est venu ici pour s’inspirer, etc., et maintenant, nous collaborons avec Costin, qui a fait ces dessins pour les trois chansons originales de cet EP. Concernant la mise en page et l’édition vinyle, les deux EP conserveront un format similaire – le cadre est très semblable pour les deux disques.

Ceci dit, pour revenir à la question, il y a de la beauté dans l’acte de création mais probablement seulement pour ceux impliqués dans le processus de création. Pour reprendre l’exemple de Costin, on voit l’ombre de sa main dans la vidéo, on voit tout se construire, mais ça reste présenté de manière très artistique. Je ne crois pas que ça aurait été pareil si on voyait son studio, Costin qui fait des allers-retours et choisir une peinture, ça retirerait quelque chose à l’expérience. Je n’ai jamais beaucoup fait de trucs qui montrent les coulisses parce que, d’une certaine façon, ça gâche l’illusion. Quand on se rend à un concert, on n’a pas envie de savoir ce qui se passe en coulisse, on n’a pas envie de voir tous les branchements et câblages ; on veut la vision finale, la pièce de théâtre et le spectacle. L’EP Telemark était une approche très unidimensionnelle ; l’illustration, la musique, les chansons, les textures et les instruments pointent tous dans la même direction. Mais on voit d’autres groupes à succès actuels qui postent partout sur leurs réseaux sociaux des choses sur les coulisses, des groupes comme Rammstein et Ghost qui ont de super chansons et sont très théâtraux, avec une image très travaillée. C’est peut-être parce que qu’il y a partout ailleurs énormément de choses comme ça montrant les coulisses. Ça gâche un peu la magie quand on sait ce que notre artiste préféré a mangé à midi. Je crois que Nietzsche a écrit là-dessus, le fait que c’est presque aussi important d’entretenir cette illusion auprès du public, afin qu’il croie que cette composition classique de Wagner est quelque chose qui lui est tombé du ciel, comme une inspiration. Ils ne voient pas toutes les modifications, les erreurs et le savoir-faire que ça implique, car c’est hors sujet. On présente l’œuvre aussi parfaite qu’elle puisse être et on retire au cours du processus toutes les imperfections qui ne font pas partie de l’expérience.

« C’est très sympa d’avoir des compliments mais si je ne suis pas satisfait du produit, ça ne lui donne pas plus de valeur à mes yeux si plein de gens disent qu’ils sont satisfaits. A l’inverse, si je suis super content d’une œuvre musicale, ça n’a pas d’importance pour moi si mille personnes disent que c’est de la merde. »

Telemark n’a que du chant crié, tandis que Pharos n’a que du chant clair. Tu es connu comme étant un des pionniers du black metal norvégien et de ce style de chant, mais quand et comment as-tu découvert que tu avais également un talent pour le chant clair ?

J’attends encore de le savoir ! [Rires] Toute ma vie j’ai été très mal à l’aise avec mon chant et ma voix claire, c’est aléatoire, mais je le fais vraiment par nécessité. Bien sûr, étant le chanteur dans le groupe, et le chant crié ayant un potentiel mélodique très limité, c’est quelque chose que j’aimerais vraiment faire comme il faut. La meilleure comparaison, c’est avec Einar qui fait la reprise d’A-Ha, il a les qualités requises en tant que chanteur en voix claire. Je pense qu’il est aussi sûr de ses capacités dans le domaine que moi avec ma voix criée. C’est une question d’être à l’aise avec cette expression de soi. La première fois que j’ai enregistré du chant clair, c’était pour « Inno A Satana » sur le premier album d’Emperor, mais avant ça, je n’avais jamais tellement chanté. J’ai commencé avec le growl et en criant [rires]. Mais les deux styles vocaux font maintenant partie d’une seule et même palette et je les utilise dès que nécessaire. Il y a un contraste, comme celui dont on a parlé plus tôt pour les cordes et les cuivres. Ce sont des couleurs différentes utilisées pour exprimer des choses. J’aime la juxtaposition : avoir des paroles qui peuvent être fragiles et douces mais exprimées avec une voix black metal ; l’effet est peut-être même plus fort quand des paroles acerbes sont chantées doucement ; ou mélanger les deux. C’est un processus abstrait, à bien des égards.

A l’origine, tu avais l’idée de donner tout cet été des concerts centrés sur Telemark et tes racines black metal, et ensuite, en contrepartie, de faire des concerts différents basés sur le côté plus calme et expérimental de ce que tu fais. Maintenant que ces plans sont tombés à l’eau, que vas-tu faire ? Comment envisages-tu le futur ?

Je suis en train de composer le prochain album, bien sûr, c’est tout ce que je peux faire ! [Rires] C’était vraiment dommage que nous n’ayons pas pu suivre nos plans, mais c’est global, probablement que des millions de gens avaient de grands plans pour 2020. Nous vivons en Norvège, nous ne pourrions pas avoir plus de chance que ça au moment où une pandémie se déclare. Il n’y a pas la place pour le découragement et les lamentations, nous devons rester très positifs. C’est beaucoup plus dur pour ceux qui travaillent principalement dans l’industrie du spectacle, surtout les membres des équipes live – les régisseurs, ingénieurs du son, lumière, etc. Il y a plein de gens indépendants qui n’ont pas eu le privilège de pouvoir se concentrer sur leur travail en studio ou sur un autre album. Ceux d’entre nous qui ont la possibilité de faire ça devront travailler autant que possible pour revenir avec quelque chose pour tout le monde quand la situation sera terminée ou sous contrôle un de ces jours.

Artistiquement et musicalement parlant, quelle est la prochaine étape pour toi avec le prochain album ?

Je suis très excité par cet album parce que maintenant que j’ai évacué les deux extrêmes, avec ces deux EP, j’ai le sentiment de pouvoir commencer le prochain album en faisant table rase. J’admets que j’ai des plans très ambitieux pour le prochain album, mais je vais les garder pour moi et mon narcissisme créatif encore un petit peu plus longtemps [rires]. Il faut que je les étoffe un peu plus.

Interview réalisée par téléphone le 10 août 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Bjørn Tore Moen

Site officiel d’Ihsahn : www.ihsahn.com.

Acheter l’album Pharos.

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Changement de line-up pour le Metalworks Fest 2021

La prochain édition du Metalworks Fest se déroulera le 13 mars 2021 au Kubox de Kuurne (Belgique).

En raison de changements d’horaire de leur tournée, PESTILENCE ne pourra pas participer au festival.
Le groupe sera remplacé par la formation de crossover autrichienne INSANITY ALERT et le groupe de thrash allemand TANKARD.

La billetterie est désormais ouverte pour les préventes du festival.

Line-up :

VADER
INSANITY ALERT
TANKARD
CRISIX
ALTAR – Set Youth Against Christ
OCEANS
SCHIZOPHRENIA
VAINQUEUR DE LA METAL BATTLE

Visuel :

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Static-X : la mémoire et l’ombre de Wayne

Wayne Static était la voix, le visage et l’âme de Static-X. Il est clair qu’après sa mort, le 1er novembre 2014, on imaginait mal un avenir, quel qu’il soit, pour le groupe qui était séparé depuis 2010. Pourtant le premier volume du Project Regeneration, septième album du combo, vient bel et bien de voir le jour. Il a fallu pour en arriver là que Tony Campos, Koichi Fukuda et Ken Kay, les membres originels, se réunissent pour célébrer Wisconsin Death Trip, premier album fondateur du style « evil disco », accompagné du mystérieux Xer0, sorte d’ombre de Wayne Static.

C’est en fouillant dans les archives du chanteur que Tony Campos a découvert une mine d’or : des démos inédites de diverses périodes, toutes de simples ébauches et la plupart ne comprenant que du chant, mais le potentiel était là. C’est là qu’a commencé l’ambitieuse entreprise de les finir pour créer non pas un mais deux albums, avec la supervision et la bénédiction des proches de Wayne. On discute de tout ça ci-après avec Tony Campos puis Xer0.

« Si les gens qui connaissaient le mieux Wayne, sa famille, valident ce que nous faisons, alors je ne sais pas ce que ces autres gens [qui critiquent la démarche] pensent, peut-être pensent-ils qu’ils connaissaient mieux Wayne que sa famille ne le connaissait… »

Radio Metal : Quand Wayne Static nous a quittés en 2014, on pensait que Static-X était enterré pour de bon. Mais vous êtes revenus depuis 2018 avec le line-up de Wisconsin Death Trip et Xer0 incarnant une sorte d’ombre de Waybe, et désormais un tout nouvel album. Tout d’abord, comment avez-vous eu l’idée de raviver le groupe, étant donné les circonstances ?

Tony Campos (basse) : Ce n’était pas tant une question de raviver le groupe. Ça a commencé avec l’idée de terminer ces chansons que Wayne n’avait pas pu finir. Le temps est passé et nous nous sommes rapprochés du vingtième anniversaire de Wisconsin Death Trip. J’ai toujours eu l’impression que Wayne n’avait jamais eu les adieux qu’il méritait. Donc si nous devions un jour faire quelque chose, c’était le moment de le faire, et ça a ensuite fait boule de beige. Mais nous ne l’avons pas fait sans aller auprès de la famille de Wayne : à chaque étape du processus, ils étaient là pour donner leur approbation. Nous aurions eu tort de faire ça sans leur consentement. Ils ont été tellement sympas et ont beaucoup aimé ce que nous avons fait. Ça fait beaucoup de bien que nous ayons pu agir comme il fallait envers eux.

Comment c’était de reprendre contact avec Koichi et Ken ? Etait-ce facile de les convaincre de prendre part à ça ?

Oui, une fois que je leur ai montré la musique, ils ont très rapidement embarqué dans le projet. C’était super ! Avant ça, ça faisait dix ans que je n’avais pas joué avec Koichi et ça faisait probablement quinze ans que je n’avais pas joué avec Kenny. C’était vraiment une super expérience de pouvoir jammer de nouveau avec ces gars après autant de temps, et pouvoir jouer des chansons que je n’avais pas jouées en plus d’une décennie, c’était une expérience vraiment cool. J’avais oublié à quel point les chansons sont amusantes et à quel point c’était l’éclate de jouer avec ces mecs. Tout est de nouveau neuf et excitant. La musique est tellement énergique, avec ce côté heavy rebondissant, que tu ne peux faire autrement qu’être toi-même énergisé. Quand nous nous sommes réunis pour la première fois en salle de répétition, toutes les vieilles chansons de Wisconsin Death Trip et Machine sont revenues très rapidement. Ce sont plus les morceaux plus récents pour lesquels il a fallu que nous nous arrêtions parfois pour dire : « Comment ça fait déjà ? » [Rires] Mais l’alchimie et l’ambiance sont vite revenues.

A quel point le fait de jouer tout l’album Wisconsin Death Trip avec Koichi et Ken vous a replongé dans les vieux souvenirs ?

Le fait de jouer les chansons de Wisconsin Death Trip et de simplement d’être dans la même pièce avec ces gars, ça a fait remonter énormément de souvenirs ! C’était une séquence nostalgie très sympa. C’était aussi en grande partie pourquoi nous avons fait ça, pour nous souvenir des bons moments que nous avons passé avec Wayne dans le temps, à conduire un van pour nous rendre aux salles de concert, à nous battre avec acharnement pour créer quelque chose avec ce groupe, etc. J’ai plein de souvenirs sympas. L’un, en particulier, me vient immédiatement en tête, parce que c’était assez stupide, mais c’est bien la raison pour laquelle nous nous entendions tous [rires]. Nous venions de finir de jouer au Troubadour à Hollywood, Wayne et moi avons mangé quelques brownies à l’herbe d’un pote qui venait tout le temps aux concerts – c’était un mec très porté sur l’herbe. Il nous a filé quelques brownies et il était là : « Non, ils ne sont pas très forts, mec ! » Donc Wayne et moi avons mangé les brownies, et puis nous avons pris le van pour retourner en centre-ville de Los Angeles, à notre salle de répétition – c’était à trente minutes de la salle de concert – et au moment où nous sommes arrivés, les brownies ont fait effet et nous étions complètement déglingués ! Nous ne fonctionnions plus. Nous étions littéralement comme Beavis et Butt-Head, à rire comme des benêts. Nous n’arrivions plus à bouger, donc nous sommes restés assis là sur le quai de chargement, tordus de rire, pendant que les pauvres Kenny et Koichi devaient charger tout le matériel seuls [rires]. Je crois que c’était la dernière fois que Wayne a touché de l’herbe. Il était là : « J’emmerde ce truc ! Je ne touche plus à cette merde. Je vais me contenter de boire ! » Bref, c’était cool de pouvoir renouer avec ces gars et ces souvenirs.

Vous sortez désormais le premier volume du Project Regeneration. En juillet de l’année dernière, tu as mentionné cinq démos que Wayne avait réalisées et données à un ami producteur peu de temps avant son décès, et puis sept ou huit démos datant de l’époque Start A War. Mais en tout, vous avez plus de vingt chansons pour le Project Regeneration. D’où provient tout le reste ?

Le reste provient d’un lot de cassettes que nous avons trouvé fin 2018 et qui était stocké dans un espace de rangement. Ça avait été enregistré sur de vieilles machines Tascam DA-88. C’est de là que viennent la majorité des musiques et la plupart n’étaient que… Nous n’avons pu récupérer que des enregistrements de chant. Du coup, nous avions beaucoup de boulot pour achever les chansons. Mais c’était très cool. Surtout le dernier lot de démos que nous avons trouvé, c’était vraiment une grosse surprise. Je veux dire qu’à l’origine, nous recherchions juste les backing tracks pour les concerts, donc quand nous sommes tombés sur ces trucs, nous étions là : « Ouah, c’est vraiment cool ! » Il chante beaucoup plus sur ces trucs, si on compare à son style rauque saccadé pour lequel il est connu. Il avait une voix chantée extraordinaire mais il ne chantait que sur quelques trucs, donc c’était d’autant plus un plaisir de trouver ça.

« Les deux groupes que nous avons le plus plagiés étaient Ministry et Prong [rires]. Donc ayant Al qui chante sur l’un de nos albums, je sais que Wayne aurait fait dans son froc. »

Comment se fait-il qu’il avait autant de démos de chanson inutilisées dans les tiroirs ?

Wayne était un compositeur assez prolifique. Il aimait écrire de la musique et enregistrer. Il existe sans doute encore d’autres musiques. Qui sait où ça se trouve maintenant ? Il n’a jamais utilisé ces morceaux probablement parce qu’il trouvait qu’il y avait de meilleures choses à explorer et développer pour en faire des chansons. Une démo sur laquelle je suis tombé et que j’ai trouvée vraiment sympa est devenue « Dead Souls », mais la démo sonnait énormément comme une chanson de Ministry et c’est probablement la raison pour laquelle Wayne ne me l’a jamais montrée, car j’aurais dit : « Ah, ça sonne trop comme Ministry ! » [Rires] A l’époque, nous n’aurions sans doute pas pu nous en tirer comme ça, mais dix-sept ou dix-huit ans plus tard, oui, je pense que ça va. Al Jourgensen étant un ami, ça ne lui pose pas trop de problèmes que je le plagie [rires].

Le fait de rassembler tous ces morceaux de chants de Wayne et de reconstruire la musique autour n’a pas été un peu comme essayer d’assembler un puzzle ? Comment s’est passé le processus ?

Pour le dernier lot, il nous a bien fallu un mois pour tout rassembler, rien que parce que c’était un processus très minutieux de récupérer toutes ces satanées cassettes. Une fois que nous avons su ce qui était utilisable, le reste n’a pas pris beaucoup de temps. C’était marrant, parce que quand nous en sommes arrivés à ce dernier lot, nous avions déjà travaillé sur les trois chansons des sessions de Start A War, et encore avant ça, nous avions travaillé sur les chansons que nous avons développées à partir des cinq démos de Wayne que nous avions reçues initialement. Nous étions donc déjà dans l’ambiance, celle de Wisconsin Death Trip. Le fait de travailler sur ce premier lot de démos, c’était un peu comme retravailler avec Wayne. A nos débuts, il venait en salle de répétition avec une boîte à rythmes Alesis HR-16 et un ou deux riffs de guitare. Nous nous réunissions tous et travaillions à faire les chansons ; c’est comme ça que toutes les chansons de Wisconsin Death Trip ont été développées. C’est plus ou moins ce que nous avons trouvé sur ces démos : un programme de batterie et un ou deux riffs de guitare. Ça nous a aidés à vraiment rentrer dans ce feeling, cette manière de composer les chansons comme nous le faisions à l’époque. Donc quand nous avons trouvé ces autres démos où il n’y avait que du chant, c’était un peu un processus inversé, mais ayant déjà été dans ce mode et cette atmosphère de Wisconsin Death Trip, c’était plus facile de composer de la musique dans cet état d’esprit sous ces parties de chant. Je veux dire que quand il y avait des riffs de guitare, nous les gardions, mais là où il n’y avait que du chant, il a fallu que nous écrivions toute la musique.

Tripp Eisen a récemment publié une déclaration comme quoi il a été exclu des crédits de l’album…

Oui, je t’arrête tout de suite, parce que je refuse de perdre plus de temps et d’énergie en offrant à ce mec l’attention qu’il réclame si désespérément. Je ne perds plus mon temps avec ce gars.

Je ne sais pas à quel point tu es spirituel, mais avez-vous ressenti la présence de Wayne parfois en travaillant sur ce projet ?

Je ne sais pas si c’est spirituel mais il y a clairement cet aspect et sa présence dans la musique, que ce soit via son chant ou les riffs de guitare qu’il a écrits. Il est clairement présent et a apposé sa marque sur tout. Il est clair qu’il était dans la pièce avec nous. Ça donnait l’impression de reprendre contact avec Wayne et de retravailler avec lui d’une certaine manière.

Il est clair que ce premier volume de Project Regeneration a ce côté à la Wisconsin Death Trip : quelle part de ce rendu vient d’un effort conscient de revenir à cette période et quelle part est le résultat organique d’être le line-up de cette époque avec Koichi et Ken ?

Il est clair que c’était un effort conscient. C’était très important pour nous d’essayer de recapturer ce feeling. C’est ce que nous visions. Il est clair que le fait de nous réunir avec Kenny et Koichi, de travailler avec les gars qui ont aidé à composer cet album, a grandement facilité les choses [petits rires]. En plus de ça, le fait que nous avions à nos côté Ulrich Wild, qui a produit cet album, a énormément aidé aussi. Je n’avais jamais vraiment perdu contact avec Ulrich. J’ai fait quelques autres projets avec lui ici et là et ça a toujours été un bon ami. Donc quand nous nous sommes mis sur ce projet, il fallait que ce soit Ulrich aux commandes ! Ulrich nous a aidés à trouver notre son sur ce premier album et les suivants. Rien que niveau sonore, avec ses choix de certains sons, il nous a vraiment aidés à définir notre son, en particulier celui de la batterie, et puis avec des trucs avec le chant et les guitares, sa manière de mixer, il a posé nos bases. Donc le fait qu’il participe à cet album était un autre plus qui nous a aidés à consolider le feeling de Wisconsin Death Trip.

Trois chansons en particulier – « Hollow », « Bring You Down » et « Something Of My Own » – ont le label « Project Regeneration » attaché. Quel est leur lien ?

Oui, c’est juste pour les différencier des versions qui avaient été enregistrées pour Start A War. Car nous avons changé toute la musique pour ça.

« Si les fans veulent nous voir continuer, je suis ouvert à cette idée. J’adore jouer avec Kenny, Koichi et Xer0, mais tout dépend des fans. Nous existons grâce à eux. S’ils veulent que nous continuions, qui suis-je pour dire non aux fans ? »

L’album voit le retour de la référence à la ville d’Otsego, dans le Michigan, avec « Otesgo Placebo »…

Nous trouvions que ce serait un truc sympa à refaire. C’était un truc cool que nous avons commencé à faire bien avant que le groupe obtienne un contrat avec une maison de disques à nos débuts. Otsego est simplement une ville où Wayne avait pour habitude de se rendre quand il n’avait pas l’âge légal de boire. Il y allait littéralement pour boire de l’alcool [petits rires]. C’était le seul endroit où il pouvait se procurer de la bière ! C’était donc juste un autre clin d’œil à l’ancien temps.

Tu as mentionné la chanson « Dead Soul » qui te faisait penser à du Ministry, et il s’avère qu’Al Jourgensen y apparaît. J’imagine qu’il y a un côté très symbolique !

Oui ! Les deux groupes que nous avons le plus plagiés étaient Ministry et Prong [rires]. Donc ayant Al qui chante sur l’un de nos albums, je sais que Wayne aurait fait dans son froc, tout comme moi. C’était clairement quelqu’un que Wayne admirait et il connaissait Al du temps de Chicago Wax Trax! Records – Wayne a vécu pendant un moment à Chicago. C’était vraiment cool, et j’ai la chance de pouvoir dire qu’Al est un ami et d’avoir pu jouer dans le groupe par intermittence depuis 2008. C’était une journée très amusante : je suis allé chez lui, nous avons bu un peu et je l’ai regardé faire son tour de magie.

Al est le seul invité sur ce premier volume. Pourtant, tu avais annoncé en 2018 des invités tels que David Draiman, Ivan Moody, Dez Fafara, Burton C. Bell, etc. Vont-ils apparaître sur le second volume ou bien vous avez complètement changé vos plans ?

Maintenant que nous avons toutes ces pistes vocales de Wayne, nous n’avons plus autant de trous à combler, et Xer0 s’en charge – c’est marqué dans livret de l’album qui fait quoi. Nous n’allons plus vraiment avoir besoin de chanteurs invités. Il se peut que je contacte un ou deux autres amis pour le second volume, mais je n’ai pas encore pris de décision.

Où en est le second volume aujourd’hui ?

Certaines chansons sont plus achevées que d’autres, mais je ne veux pas spéculer sur le temps qu’il nous reste pour terminer, sur la date de sortie, etc. Nous avons connu quelques retards avec le premier volume – dû en partie à la tournée et au Covid-19 qui a fait que toutes les fabriques de CD étaient fermées – et je n’ai pas envie de décevoir les fans en disant « ok, l’album va sortir » et en ayant ensuite des retards.

Est-ce que Project Regeneration est une fin pour Static-X ou est-ce une transition vers quelque chose de nouveau, comme un nouveau chapitre ou une nouvelle ère ? Car autant ça boucle la boucle avec le line-up de Wisconsin Death Trip, autant ça pourrait aussi être interprété comme un nouveau départ…

Je suppose qu’on peut le voir comme ça, oui. On verra. Aujourd’hui, nous profitons de l’instant présent. Le but est vraiment de finir le second volume. Une fois que nous aurons fait ça, on verra. Si c’est quelque chose que les fans veulent nous voir continuer de faire, je n’y suis pas opposé. J’ai toujours envie de faire d’autres choses. Je suis actuellement en train de travailler sur un autre album d’Asesino aussi. J’adorerais rejouer avec Ministry. J’adorerais rejouer avec les frères Cavalera. Il y a plein de choses que j’ai encore envie de faire, mais si les fans veulent nous voir continuer, je suis ouvert à cette idée. J’adore jouer avec Kenny, Koichi et Xer0, mais tout dépend des fans. Nous existons grâce à eux. S’ils veulent que nous continuions, qui suis-je pour dire non aux fans ?

Evidemment, ce genre d’initiative est toujours un petit peu délicat et a tendance à diviser les gens. Il y a ceux qui voient ceci comme une manière de maintenir en vie la mémoire de Wayne et d’autres qui voient ça comme une exploitation de sa mémoire. Qu’aimerais-tu dire à ceux qui sont plus sceptiques concernant vos intentions ?

Je ne les comprends pas. Si les gens qui connaissaient le mieux Wayne, sa famille, valident ce que nous faisons, alors je ne sais pas ce que ces autres gens pensent, peut-être pensent-ils qu’ils connaissaient mieux Wayne que sa famille ne le connaissait, d’une certaine manière, je ne sais pas. Mais bon, chacun a le droit d’avoir son opinion. S’il y a des gens qui veulent être négatifs, c’est comme ils veulent, qu’ils profitent de leur vie en étant négatifs. Nous allons continuer à faire ce qui nous semble bien et ce que la majorité des fans et la famille de Wayne pensent être bien. La très grande majorité des fans ont beaucoup soutenu ce que nous sommes en train de faire.

Quand Wayne est mort, Static-X était séparé. Il y a eu une période un peu confuse entre 2010 et 2014, jusqu’à ce que Wayne annonce officiellement la séparation du groupe. Avec le recul, comment vois-tu cette période ?

J’essaye de ne pas y penser, car notre relation n’était pas bonne à ce moment-là, malheureusement. J’ai juste envie de me souvenir des bons moments. Je n’aime pas ressasser le négatif. Je veux dire qu’on peut tous spéculer sur ce qui aurait pu se passer. Malheureusement, la réalité est ce qu’elle est. Donc tout ce que nous pouvons faire, c’est nous en accommoder et simplement essayer de nous souvenir des bons moments que nous avons passés ensemble, et quand je parle de ça, ce n’est pas juste en tournée. Certains de mes souvenirs préférés, ce n’est pas quand nous étions en tournée, mais lorsque nous partions dans le désert, à conduire nos camions en hors-piste, à passer le weekend là-dehors et à traîner ensemble, sans même parler du boulot. C’est ça mes meilleurs souvenirs de Wayne.

« La majorité de mon aventure spirituelle a pris place en étant moi-même, en me prenant la tête sur les détails, en ayant l’impression d’avoir Wayne qui regardait par-dessus mon épaule. »

C’est toujours délicat de « remplacer » un chanteur emblématique décédé et tu l’as fait de manière très respectueuse, en personnifiant une sorte d’ombre de Wayne. As-tu eu la moindre hésitation ou appréhension en t’impliquant dans cette incarnation de Static-X ?

Xer0 (chant & guitare) : Bien sûr ! Il n’y a pas de manuel pour ce genre de chose, mais je n’ai jamais eu d’appréhension. Je croyais en ce que nous étions en train de faire. Nous avons pris notre temps et nous avons engagé énormément d’efforts et d’énergie pour nous assurer que les fans puissent vivre une expérience qu’ils pouvaient vraiment chérir. Honnêtement, nous avons fait en sorte que ça reste simple et que le message soit vraiment sincère. Nous avons passé la majeure partie de trois années en tournée, à faire le nouvel album et à nous reconnecter entre nous et avec les fans ; ça a été une évolution et une progression naturelles de notre amitié, de notre lien avec Wayne et sa famille, et du lien du groupe avec les fans partout dans le monde. C’était vraiment spécial de faire partie de ça.

Tony nous a dit que vous vous êtes engagés là-dedans en ayant la bénédiction de la famille de Wayne et qu’ils étaient présents à chaque étape du processus pour vous donner leur approbation. Avaient-ils des conditions particulières ?

Aucune condition. Ils font confiance à Tony, Ken et Koichi, et ils ont foi en moi. Je suis reconnaissant et je suis responsable. Ils ont été très touchés par notre engagement pour faire perdurer la mémoire de Wayne et ils sont très contents de voir tout l’amour que les fans ont témoigné envers Static-X durant les vingt dernières années. Nous sommes encore en train de travailler sur le second volume de l’album, donc il reste encore beaucoup à faire ensemble.

Les premiers concerts ont dû être très émouvants. Comment était l’atmosphère avant, pendant et après ces concerts ? Que se passait-il dans ta tête durant ces prestations ?

La période précédant les concerts et le travail en coulisse était la plus intense pour moi. Il s’agissait surtout de beaucoup répéter. Je n’ai écrit aucune des chansons de Wisconsin Death Trip, il n’y a donc pas de mémoire musculaire pour mes doigts ou de souvenir instantané des paroles et des parties de guitare. Il a fallu que j’apprenne tout et aussi que je me force à comprendre comment chanter les chansons comme elles étaient censées être chantées. Wayne faisait son truc de Wayne, donc j’ai dû comprendre comment créer ce style de chant avec ma propre voix au mieux de mes capacités. Pendant quelques mois, j’étais un peu dans mon propre petit monde, à répéter, à apprendre les nuances de la voix de Wayne, à travailler sur le nouvel album. La majorité de mon aventure spirituelle a pris place en étant moi-même, en me prenant la tête sur les détails, en ayant l’impression d’avoir Wayne qui regardait par-dessus mon épaule. Au moment où nous sommes arrivés au premier concert, il n’y avait plus qu’à tout regarder se mettre en place. Il y avait déjà eu énormément de travail de fait pour apprendre les chansons, en répétition, sur la création de tous les visuels en LED et la production, sur la reprise de contact avec les fans via les réseaux sociaux, sur la préparation des commémorations, sur l’anticipation du nouvel album, sur le vingtième anniversaire. C’était dingue.

Le premier concert était énorme. Le public était fou, mais pour moi, lors des deux ou trois premiers concerts, il s’agissait plus de libérer la bête et de réussir à partager notre vision pour offrir aux fans exactement ce que nous savions qu’ils voulaient, même si la plupart des fans n’étaient probablement pas sûrs de ce qu’ils voulaient. Encore une fois, c’est pourquoi nous avons fait en sorte que tout reste simple et sincère. C’était juste Static-X. Ken, Tony et Koichi étaient évidemment submergés par l’émotion quand le rideau tombait et nous partageons un même fil rouge d’humilité et de reconnaissance à chaque fois que nous montons sur scène ensemble. Il y a beaucoup d’amour et d’appréciation qui nous lient tous les cinq. Pour moi, il s’agissait surtout d’y aller et de laisser les choses se faire chaque soir.

Tu maintiens ton identité secrète, de toute évidence pour ne pas te mettre en avant et être respectueux envers Wayne. Mais est-ce que ce n’était pas aussi une manière pour toi de te protéger des réactions négatives au cas où les fans ne comprendraient pas ou n’accepteraient pas votre démarche ?

Ça ne m’a jamais traversé l’esprit, je ne suis pas du genre à me cacher de qui que ce soit ; j’ai plus une mentalité rentre-dedans à faire un doigt d’honneur. Le masque est une décision purement créative et artistique. Je suis relativement certain que si j’avais mis mon visage en avant, ça n’aurait pas été la meilleure manière d’exprimer l’énergie et le caractère de Static-X.

Globalement, les fans semblent unanimement apprécier la manière dont tu endosses ton rôle, que ce soit sur scène ou dans les clips. Est-ce que ça a été difficile de trouver la bonne attitude à adopter ?

Pas du tout. Apprendre les chansons et me forcer à élargir mon style vocal étaient un défi, mais pour le reste, honnêtement, je suis moi-même. Les gens se sont beaucoup fait d’idées là-dessus. Je suis un musicien, chanteur et performeur professionnel. Je me suis contenté d’aller au charbon. J’ai appris les chansons, j’ai coiffé mes cheveux en pointe, j’ai attaché le masque et je me suis mis au travail. C’est tout.

« Le masque est une décision purement créative et artistique. Je suis relativement certain que si j’avais mis mon visage en avant, ça n’aurait pas été la meilleure manière d’exprimer l’énergie et le caractère de Static-X. »

D’ailleurs, comment décrirais-tu l’attitude et la présence scénique de Wayne ?

Il était Wayne. Il faisait du Wayne. Il chantait et jouait super bien. Il était très constant. Je ne pense pas que les gens soient vraiment tombés amoureux de Static-X à cause de la manière dont Wayne portait sa guitare ou dont il bougeait sur scène. Je pense que c’était surtout les chansons, le feeling et l’énergie du groupe. Un super groupe, de super chansons, une super énergie. Ils ont toujours super bien sonné en live. On pouvait fermer les yeux et c’était indéniable.

D’un autre côté, quelle part de toi y a-t-il dans Xer0 ?

Je suis Xer0, donc je suppose que c’est cent pour cent. Mais la réalité est que je chante et joue la musique de quelqu’un d’autre. Faute d’un meilleur terme, Wayne était aussi la mascotte de Static-X, autant qu’il était le chanteur. J’ai le sentiment que c’est ma responsabilité de l’être aussi, donc j’ai choisi de le faire en tant qu’entité sans visage ; au final, mon boulot est d’aider à présenter la musique de Static-X de manière familière. Nous continuons à faire évoluer l’expression et nous avons encore un autre album et une autre tournée à faire. Nous avons représenté Wayne de plusieurs manières via les différents clips et en tournée, et il va y en avoir d’autres à l’avenir. J’ai hâte d’entamer la prochaine phase de l’évolution, que ce soit celle de la setlist ou celle de la présentation globale des visuels et de la musique de Static-X.

Est-ce que se mettre dans le rôle de Xer0 nécessite une préparation physique ou mentale particulière avant de monter sur scène pour rentrer dans le personnage ?

Non [rires]. Encore une fois, c’est mon métier, c’est comme mâcher du chewing-gum pour moi. Je ne suis pas théâtral, je ne me mets pas dans une sorte de transe. Le masque me permet juste de me déconnecter de moi-même, afin de pouvoir mieux représenter l’atmosphère de Static-X et me lier à la musique et aux fans en tant qu’entité, plutôt qu’en tant que personne. C’est tout ce que c’est pour moi, en dehors du fait que nous rendons l’hommage ultime à Wayne ; je concentre mes effort pour donner le meilleur de Static-X comme un tout.

Peux-tu nous parler du design du masque de Xer0 ? Des inspirations particulières ?

Je voulais juste couvrir mon visage et avoir un genre de marque en X. Les deux X sur les yeux se rejoignent au milieu du front pour créer un X plus grand, ce qui semblait évident et adéquat. Le nom Xer0 a découlé de la même manière. Ça nous permet de faire référence à une entité qui représente le chanteur de Static-X, plutôt que moi-même. Ça symbolise tout simplement Static-X. Les cheveux en pointe aident à faire appel au souvenir de Wayne, tout en représentant la familiarité que les gens ont avec ce à quoi a toujours ressemblé le chanteur de Static-X, surtout vu de loin. C’est toujours en cours d’évolution et il y a déjà un nouveau masque ; similaire, mais plus peaufiné et évolué.

Tu as joué et chanté sur Project Regeneration Vol. 1. Tu as une forte présence dans l’album. Comment as-tu abordé ta fonction, surtout le « duo » que, d’une certaine manière, tu formes au chant avec Wayne ?

J’ai simplement fait ce que je fais de mieux pour l’album et pour Static-X. Il ne s’agissait pas pour moi d’imposer ma marque. Je n’essaye pas de réinventer quoi que ce soit avec Static-X. nous avons fait du bon boulot pour remplir les trous et terminer des morceaux qui étaient très bruts et loin d’être aboutis. Je suis très content que les fans soient aussi contents du résultat.

Ken et Koichi sont revenus dans le groupe pour les célébrations de Wisconsin Death Trip et pour Project Regeneration ; il y a clairement une magie dans ce line-up, même après tant d’années. Qu’est-ce qui rend ce groupe de gens si spécial d’après toi ? Comment analyses-tu leur alchimie en ayant un regard à la fois extérieur et interne sur le groupe ?

Je pense qu’il faut être honnête et accorder du crédit là où c’est mérité. Ces quatre gars ont créé l’esthétique de Static-X et le son qu’on connaît maintenant en tant qu’evil disco. Wayne était la voix et l’âme. Sa voix et son élocution tuaient, c’était tellement unique. Ces cris et mélodies sont juste indéniables. Kenny était le complice originel de Wayne et c’est la colonne vertébrale du groupe. Il jouait ces rythmes de batterie disco sous des riffs de metal et il a aidé Wayne à écrire toutes ces paroles dingues, excentriques et crétines pour Wisconsin Death Trip. Tony est le tonnerre du groupe ; c’est vraiment un bassiste monstre et ça s’entend dans les albums. Ses chœurs et cris sont incrustés dans le son de Static-X et ils sont partout dans l’album Wisconsin Death Trip. Et Koichi a apporté l’élément qui finalise le tout. Avec son jeu de guitare, il a surtout apporté tout le jeu de programmation façon techno rave du son de Static-X. Essaye d’imaginer le son d’origine sans un de ces éléments, ça n’aurait tout simplement pas été pareil. Ces quatre ingrédients étaient essentiels et c’est ce mélange artistique qui définit le son unique de Static-X.

Interview réalisée par téléphone et par e-mail le 23 juillet et le 2 septembre 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Jeremy Saffer.

Site officiel de Static-X : static-x.org

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KHORS dévoile le clip vidéo de la nouvelle chanson « Beneath The Keen Edge Of Time »

KHORS sortira son nouvel album, intitulé Where The Word Acquires Eternity, le 15 septembre 2020 via Ashen Dominion.

Il s’agira d’un album concept : il traitera en effet des événements qui sont survenus autour des années 1930 dans la ville natale du groupe, Kharkiv. Cette période, qualifiée de Renaissance de la culture ukrainienne, vit notamment la construction complexe résidentiel par une coopérative d’artistes, Slovo (du slave Слово qui signifie « mot »), où de nombreux écrivains, dramaturges, poètes, acteurs, etc. vivront rassemblés jusqu’aux répressions qui débuteront en 1933 contre les figures importantes de la culture ukrainienne. Ces événements – durant lesquels la majeure partie des résidents de Slovo finiront par être emprisonnés, exécutés, exilés ou par se suicider – seront qualifiés « Розстріляне Відродження » (« La Renaissance Exécutée ») et ont profondément marqués l’histoire de l’Ukraine.

Les paroles de cette chanson sont le poème « About Myself » de Julian Shpol qui est devenu le premier prisonnier de la maison « Slovo ». Son arrestation au printemps 1933 a marqué le début d’une vague de répression contre les personnalités culturelles ukrainiennes et son poème est l’un de ses derniers.

Clip vidéo de la chanson « Beneath The Keen Edge Of Time » :

Artwork :